1972 – Le match du siècle à Reykjavik

Un symbole de la guerre froide.

Le temps d’un été, la capitale islandaise s’est muée en centre du monde et l’échiquier a eu valeur de métaphorique champ de bataille.

« Bonsoir. Nous allons dans un instant développer les derniers évènements concernant l’affaire du Watergate, nous écouterons George McGovern parler du resserrement de son équipe de campagne et nous reviendrons sur la situation au Vietnam et sur les chiffres du chômage. Mais, d’abord, la grande information du jour, Bobby Fischer. »

Vendredi 1er septembre 1972, John Chancellor, présentateur vedette du « Nightly News » sur NBC, amorce son journal par ces mots. La pourtant très dense actualité politique ne pèse soudain plus rien. Bobby Fischer vient d’être sacré champion du monde d’échecs après sept semaines d’une lutte déjà historique symbolisé comme le match du siècle.

Les joueurs en présence.

Spassky 1972

Boris Vassilievitch SPASSKY 35 ans – né à Léningrad (Saint-Pétersbourg) Soviétique (URSS).

Maître international à 16 ans.

Champion du monde junior à 18 ans.

Champion d’URSS à 24 ans.

Grand maître international à 28 ans.

Champion du monde en titre depuis 1969 en battant Tigran PETROSSIAN à Moscou.

Robert James (Bobby) FISCHER 29 ans – né à Chicago Américain (USA).

Champion des États-Unis à 14 ans.

Maître international à 14 ans.

Grand maître international à 15 ans et demi.

8 fois champion des États-Unis.

Recordman de victoires (20) consécutives contres des Grands Maîtres Internationaux.

Le challenger.

Bobby Fisher 1972

Le match du siècle – #1

Le démarrage de Fischer est désastreux. Après avoir perdu la première partie à la suite d’une erreur qui entraîne les conjectures les plus folles, il demande le retrait des caméras de télévision, les organisateurs refusent, et Fischer ne se présente pas à la deuxième partie, Spassky l’emporte donc par forfait et mène 2 à 0. On pense alors que Fischer

Boris Spassky attend Bobby Fisher

va quitter l’Islande. C’est Kissinger lui-même qui fait jouer la fibre patriotique et le persuade de rester. Fischer exige alors que la troisième partie se joue à huis-clos. Fair-play, Spassky accepte, ce que beaucoup considèrent comme une énorme erreur psychologique.

Le match du siècle – #2

De fait, Fischer remporte la partie et le rouleau compresseur américain se met en marche, tandis qu’en coulisses les péripéties se multiplient. Les Russes accusent la CIA d’espionner leurs séances d’analyse. Spassky perd pied. Les Russes lui reprochent d’être mal préparé et idéologiquement « immature ». Soupçonné de vouloir faire défection, il est surveillé par ses propres compatriotes.

match du siècle 1
match du siècle 2

Après plusieurs parties épiques que les joueurs du monde entier analysent encore aujourd’hui, le 1er septembre 1972 donc, Fischer, à la faveur de sa victoire (12 1/2 / 8 1/2) ultra médiatisée, offre aux Etats-Unis leur premier et unique titre mondial aux échecs et met ainsi un terme à vingt-quatre ans d’hégémonie soviétique. Un tournant dans l’histoire de ce sport sur lequel Bobby Fischer a posé son empreinte de géant. Garry Kasparov, autre génie du noir et du blanc déclara en 2008 : « Fischer peut tout simplement être considéré comme le fondateur des échecs professionnels et sa domination, bien que de très courte durée, a fait de lui le plus grand joueur de tous les temps ».

Pour en savoir plus :

France Culture : Bobby Fischer, le génie fou des échecs ici

France Inter : Affaire sensible animée par Fabrice Drouelle ici

Article sur Eurosport ici