La légende de Sissa

La légende de Sissa, est rapportée par de nombreux auteurs, notamment par l’auteur et voyageur arabe Al-Masudi (vers 897 – 957 après JC). Il en existe plusieurs versions mais la conclusion est identique et montre bien la complexité possible du jeu d’échecs.
 
 
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Au début du VI ème siècle de notre ère, vivait en Inde le roi Schéram, dont les états étaient situés vers l’embouchure du Gange. Il prenait le titre fastueux de Roi des Indes. Son père avait contraint un grand nombre de souverains de lui payer un tribut et à se soumettre à son empire.
Ce prince très puissant, en oublia bientôt que les rois doivent être les pères de leurs peuples, que l’amour des sujets pour leur roi est le seul appui solide du trône, dont ils font toute la force et la puissance.
 
 
Les brahmines (prêtres) et les rajas (les grands seigneurs) lui rappelèrent ces importantes maximes. Mais enivré de l’idée de sa grandeur, qu’il croyait inébranlable, il méprisa leurs sages représentations. Les plaintes et les remontrances ayant continué, il s’en trouva blessé, et pour venger son autorité qu’il crut méprisée de ceux qui osaient désapprouver sa conduite, il les fit périr dans les tourments. Cet exemple effraya les autres. On garda le silence, et le prince abandonné à lui-même, et, ce qui était encore plus dangereux pour lui et plus terrible pour ses peuples, livré aux pernicieux conseils de ses flatteurs, se porta bientôt aux derniers excès. Les peuples accablés sous le poids d’une tyrannie insupportable, témoignèrent hautement combien leur était devenue odieuse une autorité qui n’était plus employée qu’à les rendre malheureux.
Les princes tributaires, persuadés qu’en perdant l’amour de ses peuples, le Roi des Indes avait perdu tout ce qui faisait sa force, se préparaient à secouer le joug, et à porter la guerre dans ses états.
 
 

C’est alors que selon la légende, le brahmane Sissa, fils du Brahmine  Dahir, touché des malheurs de sa patrie, entreprit indirectement de faire ouvrir les yeux au jeune prince. Il sentit que sa leçon ne deviendrait utile que quand le prince se la donnerait lui-même, et ne croirait point la recevoir d’un autre. Dans ce but, il imagina et inventa le jeu d’Échecs, le Roi, bien que la plus importante de toutes les pièces, est impuissant pour attaquer et même pour se défendre contre ses ennemis sans le secours de ses sujets et de ses soldats.

Sissa

 

Rapidement, le nouveau jeu devint célèbre. Et le roi qui en entendit parler voulut l’apprendre. Le brahmane Sissa fut choisi pour le lui enseigner et sous prétexte de lui en expliquer les règles, et de lui montrer avec quel art il fallait employer les autres pièces à la défense du Roi, il lui fit apercevoir et goûter des vérités importantes qu’il avait refusées d’entendre jusque-là.

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Le puissant prince, se fit l’application des leçons du brahmane, et comprenant que l’amour des peuples pour leur roi fait toute sa force, il changea de conduite, et par là, prévint les malheurs qui le menaçaient. Le prince sensible et reconnaissant, laissa au brahmane le choix d’une récompense.
Celui-ci demanda, à la surprise du prince, qu’on lui donna le nombre de grains de blé que produirait le nombre de cases de l’échiquier, un seul pour la première, deux pour la seconde, quatre pour la troisième, et ainsi de suite en doublant jusqu’à la soixante-quatrième.
grains de blé sur l'échiquier

Le souverain souscrit bien volontiers pour accéder sur le champ à cette demande qui lui parut bien modeste, et lui fait donner un sac de blé pensant s’être largement acquitté, mais le brahmane refuse, demandant son dû. Après que ses trésoriers en eurent fait le calcul, son conseiller expliqua au prince qu’il venait de signer la mort du royaume car les récoltes de l’année ne suffiraient à s’acquitter du prix du jeu. Ils arrivèrent au chiffre de : 18.446.744.073.709.551.615 grains de blé c’est à dire 18 quintillions de grains (soit toute les moissons de la Terre pendant environ cinq mille ans, soit de quoi remplir un grenier dont la base aurait 25 km de côté et la hauteur dépasserait 2 kilomètres.). Le roi s’était donc engagé à une chose pour laquelle tous ses greniers et ses trésors ne suffiraient pas. Le brahmane Sissa se servit encore de cette occasion pour faire sentir au prince combien il importe au roi de se tenir en garde contre ceux que l’on abuse de leurs meilleures intentions, et qu’il ne faut jamais promettre quelque chose que l’on ne sais pas évaluer !

Des variantes de cette légende existent, l’une suggérant que le roi accepta à condition que le sage compte les graines lui-même, une autre affirmant que Sissa eut la tête tranchée pour une telle effronterie. Certaines versions disent que Sissa ne demanda rien en échange mais que le roi insistant, Sissa aurait alors décidé de se moquer du roi en lui demandant une récompense qu’il ne pourrait donner. Cette légende est la plus célèbre concernant l’origine du jeu d’échecs et elle était déjà connue au Moyen-Âge puisqu’on la retrouve dans les oeuvres d’Averroès et de Leonardo Fibonacci.

Pour en savoir plus :

  • sur le problème de l’échiquier de Sissa : wikipedia
  • La légende de Sissa : ici